mardi 29 juillet 2008

Le meilleur moyen de sauver Guilad Shalit

בס"ד

Le meilleur moyen de sauver Guilad Shalit


Par Yéhouda Wegmann

Article paru dans Mekor Rishon le 25.07.08, traduit de l’hébreu par Méir Ben-Hayoun.

N.D.L.T. Yéhouda Wegman est colonel de Réserve. Il est l’un des rares théoriciens du système de défense israélien. Il a été chargé pendant onze ans à la formation des commandants de compagnie et des commandants de bataillons et a été instructeur à l'école de commandement et d'état major.

L’un des motifs pour exiger la libération de Guilad Shalit au plus vite possible et quelque en soit le prix se fonde sur le précédent de la disparition de Ron Arad. Cette comparaison est sans aucun fondement. Ron Arad n’a été, ni vu, ni entendu, depuis qu’il s’est éjecté de son avion, de sorte qu’on ne pouvait faire porter la responsabilité de sa captivité à une organisation et à une personnalité bien définies. Pour Guilad Shalit, c’est une tout autre affaire. Shalit est détenu par le Hamas. Cette organisation se targue de maintenir en captivité et de pourvoir à ses besoins. Les deux lettres de Guilad transmises par le Hamas à sa famille confirment la responsabilité exclusive de cette organisation et des ses dirigeants quant au sort de ce prisonnier israélien.

Le moyen d’empêcher le Hamas de faire subir à Shalit ce que voudraient nous mettre en garde ceux qui comparent son cas à celui de Ron Arad est très simple

L’Etat d’Israël ne doit laisser planer aucune ambiguïté sur deux points essentiels à l’attention d’Ismaïl Haniyeh et du leadership du Hamas. Tout d’abord, Israël les considère entièrement responsables du maintien en vie de Shalit, de son bon traitement et de son état de santé. Deuxièmement, toute atteinte envers Shalit, ou sa disparition entraîneraient la liquidation violente de Haniyeh et de tout l’appareil politique du Hamas, comme ce fut le cas pour le cheikh Ahmed Yassin et pour le docteur Abd El Aziz Rantissi.

Il est très surprenant qu’un ancien patron du Shabak (services de sécurité intérieure), le général de réserve Ami Ayalon, se fasse l'écho de la similitude entre le cas Shalit et le cas Arad - qui nécessiterait de libérer une masse d’assassins en contrepartie d’un seul soldat prisonnier. Ami Ayalon, combattant courageux, s’était distingué de la plus haute marque de bravoure militaire pour son rôle dans le raid sur l’Ile Green* en 1969. Est-ce que sa vision sécuritaire aurait été submergée par le raz-de-marée populiste du slogan « ramener les enfants au plus vite et à tout prix »

« Kol Israël » (ainsi que le site guysen, ndlt) fait régulièrement le décompte des jours de captivité de Shalit. Est-ce que le métronome défaitiste de la station de radio publique israélienne a eu raison de la dureté de cet ancien baroudeur des commandos de marine ?

Les compagnons d’arme de Shalit se sont joints à Ayalon et à ceux qui s’empressent à le faire libérer à n’importe quel prix. Les soldats de la compagnie de Guilad n’ont pas fait preuve de capacité opérationnelle exceptionnelle le jour fatidique où leur camarade a été capturé. Immédiatement après avoir raccroché l’uniforme, ils ont déclenché une campagne compassionnelle hyper médiatisée qui les a menés tout droit devant le Ministre de la Défense. On peut supposer qu’à la suite de la capture de Shalit, ils en ont tiré les leçons et ont amélioré leur efficacité opérationnelle. Il aurait cependant été préférable qu’ils ne soient pas accueillis avec tous les honneurs au ministère de la Défense justement dans un contexte lié à leur plus grand fiasco opérationnel.

En absence de normes militaires claires et avec l’appui enthousiaste des médias, ceux, qui ont contribué indirectement au succès du rapt de Shalit, ont été reçus en invités de marque à la Défense. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que les jambes de ces démobilisés les aient menés tout droit au bureau du Ministre de la Défense vu la contribution de Barak aux conditions favorables au rapt de soldats créées par lui juste avant la deuxième guerre du Liban.

Après chaque kidnapping, la réflexion israélienne s'est habituée à ne se limiter qu'aux modalités de négociations et d’échanges de prisonniers au lieu de s’investir dans des aspects militaires opérationnels de sorte à rechercher des solutions créatives qui porteraient de sérieux revers à l’ennemi. Cette conception de négociations a eu des conséquences fâcheuses induisant un état d’esprit défaitiste dans le public figeant ainsi la réflexion militaire.

Lorsque le gouvernement concentre ses efforts uniquement sur des horizons d’échange de prisonniers, il exempte Tsahal de son rôle de proposer des solutions militaires audacieuses aux problèmes de rapt de soldats israéliens. L’exclusivité donnée à une réflexion comme celle en vigueur aujourd’hui n’aurait jamais pu faire naître des dénouements comme celui de l’opération Entebbé en 1976 ou le rapt des officiers syriens en 1972, qui permit de récupérer nos soldats détenus alors à Damas.

Pourquoi Tsahal devrait-il s’ingénier à trouver des solutions à hauts risques si déjà Haïm Ramon, celui qui envoie les ballons d’essai d’Olmert, laisse entendre qu’il faudra « plus de flexibilité dans les critères de libération de prisonniers palestiniens», alors que les critères déjà existants ont fondu comme neige au soleil après les précédents échanges de prisonniers.

Le gouvernement israélien actuel a une très mince chance de s’en sortir – par une transition conceptuelle radicale pour tout ce qui touche à la captivité de Shalit.

En premier lieu, le Premier Ministre devra se délester de toute mentalité d’échange qui lui a été inoculée et qui se fonde sur une conception fausse voulant que Guilad soit un « enfant ». On doit se référer à Guilad Shalit comme un héro national et pas uniquement sur un registre de compassion. On doit le considérer comme un combattant isolé en terrain ennemi qui doit se mesurer du mieux qu'il le peut, de même que les héros des générations précédentes de Tsahal. Une telle approche insufflera à son entourage, si ce n’est à lui-même s’il n’est pas complètement coupé du monde extérieur, les forces nécessaires à une lutte pour le ramener à la maison sans pour autant l’échanger contre des centaines d’assassins dont la libération engendrera sans aucun doute la mort de nombreux israéliens.


Et les médias dans tout ça ? Comme les médias constituent un magma privé de colonne vertébrale et de quelconques valeurs, il est très aisément concevable qu’ils s’adapteront très vite à cette nouvelle norme.

1 commentaire:

Nina a dit…

Meïr,
Ici en France personne ne comprend ce qui se passe vraiment et surtout pourquoi tous ces soldats de génie ainsi que les services secrets n'aient jamais tenté de libérer Guilad !
Le pire est en train de se produire ici en France Meir...Les Juifs sont découragés et pessimistes quant à l'avenir même d'Israel.
Tu ne peux savoir à quel point...Je dois lutter en permanence pour solidariser les Juifs de France MAIS CA NE MARCHE PAS !!!
Et puis il y a pire encore :
Un sondage "ISRAELIEN" démontre que les Israéliens ne veulent pas que les Juifs de diaspora et surtout les Juifs français se mêlent de leur pays.
Etait ce le moment de nous chier un truc comme ça ?
La presse en Israel donne le bâton pour nous battre ici en France et ailleurs du reste.
C'est à croire qu'on le fait exprès pour couper Israel de ses forces à l'extérieur et cela aussi doit être dénoncé très vite.
Nous n'avons pas effectivement à dire quoi que ce soit sur la politique intérieure et c'est normal mais l'OPPORTUNITE d'un tel sondage disperse nos forces et cela devient un désastre !
Merci pour tout ce que tu écrits et que je lis avec passion.

Amicalement,

Nina